Je ne suis pas raciste, mais...

Par mardi 24 juillet 2018 800

Pendant très longtemps, je n’ai jamais vraiment ressenti le racisme.

J’étais convaincue que les personnes qui percevaient ce type de mauvaises ondes, étaient à la recherche de ces regards, remarques (consciemment ou inconsciemment). J’ai donc refusé de relever les mauvais comportements à mon égard et par cette attitude, j’ai cru que j’étais une « chanceuse » et que je n’étais pas sujette aux remarques racistes et aux regards noirs.

Puis un jour, alors que j’étais à la gare avec un ami, on a décidé de se prendre un café à emporter et un croissant ;  je passe donc la commande (avec le sourire bien entendu) et la demoiselle a décidé de me répondre sèchement. Mais je n’ai pas relevé, car il était 6h, et qu’elle n’était peut-être pas du matin… (il faut bien que je lui trouve une excuse non ?). Sauf que mon ami, qui passe sa commande après moi, a eu le droit à un « Bonjour Monsieur, que puis-je pour vous ? Autre chose ? », en somme à un comportement dit normal.  En partant, c’est mon ami qui m’a ouvert les yeux, car je n’avais pas relevé cette différence de traitement, vu que j’avais décidé d’ignorer toute négativité à mon égard.  Il était tellement choqué et tellement mal à l’aise pour moi qui n’avais rien demandé à personne. Il se demandait pourquoi je n’avais pas réagi. Bien que je lui ai expliqué que je n’avais rien remarqué, il ne me croyait pas et pensait que je « faisais genre » pour ne pas montrer que ce comportement puéril me touchait.

Alors, je dois avouer qu’après sa remarque, je me sentais mal. J’étais tiraillée entre deux mal être ; le premier celui de laisser la remarque de mon ami m’atteindre, je n’avais vu les choses ainsi et il m’a ouvert les yeux sur la façon dont les gens peuvent me percevoir. Et deuxièmement, j’étais mal car d’une certaine façon je ne relevais pas ce traitement à mon égard et j’autorisais ainsi cette femme à se comporter de la sorte avec n’importe qui, sans la confronter à ses agissements.

Donc pour vous dire, depuis sa remarque, je me rends compte que, en effet, j’ai sûrement été sujette à des différences de traitement, des regards, des remarques et ce pendant longtemps, mais que j’avais juste fermé les yeux. Je ne regrette pas d’avoir ignoré ces agissements, au contraire ! Mais je pense qu’il est nécessaire d’en être conscient.

Depuis cette révélation, et bien… je remarque ces comportements. Ce racisme « frontal » a certes lieu dans la rue, mais surtout sur Internet, où insulter quelqu’un n’a jamais été aussi simple qu’aujourd’hui. Il suffit de se lancer dans une section « commentaires » d’un article lambda pour réaliser que les gens parlent de toi et t’insultent comme si tu étais une bête de foire.

Cependant, aujourd’hui, en 2018, ce n’est pas ce racisme frontal qui me dérange le plus, mais c’est le racisme bienveillant, bien pensant qui m’exaspère et qui me fait sortir de mes gons.

 

 

Alors quand je parle de racisme frontal, je fais référence à ce racisme qui veut que l’insulte ou la remarque va se baser sur un aspect physiologique, ou de « race », si on peut utiliser ce terme. Le seul moyen de remédier à cela est l’éducation et ce n’est pas mon travail et je n’ai pas le temps, surtout.

Par exemple, l’automne dernier, alors je marchais à la gare de Genève, un homme s’est faufilé entre tous les passagers pour me pousser et me traiter de « sale terroriste ». Que voulez-vous répondre à cela ? « D’accord, merci ? », « dégage sale c*n » ou encore « viens on discute pour comprendre » ?  Je n’ai pas le temps, il est parti aussi vite qu’il est venu (c’est ce que j’appelle d’ailleurs le courage, wow !).

 

C’est un peu pour ça que je ne peux rien faire contre le racisme frontal, et ça ne m’intéresse même pas de passer du temps à essayer de convaincre X ou Y que je ne suis pas une « sale arabe » ou une « sale terroriste ».

Pour le racisme bienveillant ou bien pensant, c’est différent. Ça se veut plus « subtile » et se base sur des clichés, du mépris, des blagues, des remarques ou des petites attentions qui n’ont pas lieu d’être.

Pour illustrer mon propos, un autre exemple vécu s’impose. Alors que j’étais à une formation, réservée uniquement aux universitaires, la formatrice s’approche de moi pour articuler « Est-ce que vous comprenez tout ce que je dis ? Je ne vais pas trop vite ? Au besoin vous dites, je suis là pour vous aider ». Je n’ai pas répondu, je l’ai juste regardée et ai continué à discuter avec ma collègue de droite. Après un moment,  alors que j’avais terminé une lecture obligatoire, elle s’est approchée de moi et a osé me sortir « vous lisez vite ! C’est magnifique, quand même ».

Ok ma poule, à nous deux ! Je lui ai demandé si elle avait ne serait-ce que jeté un œil à mon CV. Déjà là…son regard a changé. Dans ma tête, j’étais ailleurs : « WOW c’est quoi ton problème, j’ai fait toute ma scolarité en Suisse, c’est une formation pour universitaire, mais en plus je suis Suisse. Donc va faire ton bon samaritain ailleurs» !!

En tant que femme musulmane, j’ai quotidiennement le droit à ce type de remarques, qui à la longue à tendance à nous avoir.

Les premières piques, remarques, blagues peuvent être marrantes cinq minutes, mais se voir répéter les mêmes clichés constamment me font lever les yeux au ciel (et oui, le point positif c’est que maintenant j’ai les yeux méga musclés !).

 

 

 

Pour partager une autre anecdote, un jour je suivais mon cours de droit constitutionnel dans mon coin. Le professeur parlait du droit de vote des femmes et se basait sur une jurisprudence. En gros, il nous expliquait que le canton d’Appenzell n’a accordé le droit de vote aux femmes qu’en 1991, à la suite d’une décision du Tribunal Fédéral. Mon cher et tendre camarade d’auditoire (qui est soit dit en passant, même pas mon pote…) décide de se retourner vers moi pour me glisser un petit : « pour les gens comme toi, cette ancienne loi devrait te plaire ».

 

 

Tout d’abord : whaaat ? Pourquoi tu me parles ?

Ensuite : définis moi le terme « les gens comme toi »

Dernièrement : retournes toi et lâche-moi la grappe !

 

Pour me débarrasser de lui, j’ai dû jouer le rôle de « la débile de service » qui ne comprenait rien à rien et qui avait besoin qu’on lui explique la blague. Déçu, il ne m’a plus jamais reparlé (jusqu’à ce jour !)

Pour partager ce que l’on vit, femmes musulmanes (voilée ou pas), j’ai décidé de faire la chasse à ce type de remarques, anecdotes, blagues, piques racistes et de vous les partager dans la prochaine publication. En attendant, pour l’amour du ciel, réfléchissez avant de sortir quoi que ce soit.

Je vais finir cet article avec une citation de Rokhaya Diallo « On peut être raciste en ayant de bonnes intentions ».

Maintenant je vous laisse méditer

Cœur sur vous

O.

 

O.

L’insouciance, voici ce qui me rend nostalgique lorsque je repense à mon enfance. Il était si facile de se faire des amis, il n’y avait aucun code, aucune "cérémonie" à respecter, juste un "tu veux jouer avec nous ?" ou un "je peux jouer ?". Rien n’était compliqué, tout était simple : j’aime ou je n’aime pas. Pas d’entre deux et pas de zones d’ombres. Il était facile de cerner les situations, sans user de la langue de bois. Tout était si simple. Si je pouvais retourner en arrière, je souhaiterais revivre cette période où je parlais mon propre langage : une langue inventée avec mes sœurs, qui n’avait aucun sens mais qui nous faisais sentir spéciales. Donc aujourd’hui, du haut de mes 25 ans, je rêverais de retourner à cette époque où mon insouciance me permettait de vivre de grandes aventures et où mon imagination vagabondait sans retenue. Le temps d’une conversation, je reparlerais cette langue farfelue et vivrais cet instant sans me soucier de ce qui se passe autour de moi, pour revivre simplement, dans le bonheur.

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