Equilibrium

Par lundi 13 janvier 2020 130

Peu importe où l’on vit, il y a des règles à suivre : lois nationales et internationales, règlements, savoir-vivre… tout est cadré, sans quoi, ce serait l’anarchie. Que ça soit au travers de la religion ou d’un système juridique aux bases légales bien rôdé et complexe, les sociétés ont toujours connu des règles rythmant le quotidien des individus. Bien qu’aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales, la religion soit reléguée au second plan dans le domaine juridique, elle reste une référence et offre à certains individus une ligne de conduite assez précise à suivre au quotidien.

En tant que musulman, la référence en terme de comportement est le Coran, voir les hadiths (recueil d’actes et paroles du Prophète Mohamed). Pour certains, ce cadre de référence comprend des règles extrêmement précises qui définissent ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. Selon les interprétations, tout ce qui n’est pas permis est interdit, tandis que pour d’autres, tout ce qui n’est pas explicitement interdit reste permis jusqu’à preuve du contraire.

Pour ma part, ma religion m’offre un mode de conduite dont j’ai besoin pour ne pas me perdre. J’en tire des enseignements, une manière de me comporter envers la Création (nature et animaux), avec les autres êtres humains mais également avec moi-même. Il y a des interdits explicites et clairs que j’admets assez facilement mais je n’aime pas trop me perdre en débattant pendant trop longtemps pour savoir si chaque pratique que j’ai au quotidien serait admise ou non selon ma religion et les interprétations qui en sont faites.  

L’alimentation

C’est un point qui, je trouve, méritait un petit développement. La restriction alimentaire la plus connue pour les musulmans est sans doute le porc. En effet, je ne consomme pas de viande de porc car c’est une interdiction spécifiquement énoncée dans le Coran et de ce fait, je ne consomme pas non plus les produits qui contiennent de la gélatine porcine. Je me trouve donc souvent dans les rayons de certains magasins bien connus à analyser les compositions d’aliments que j’aimerais acheter. Cette règle ne m’a jamais posé de problème dans son application à part quelques regrets lorsque j’ai envie de marshmallows. Le porc n’est pas l’unique animal qu’un musulman ne peut pas consommer, mais je ne saurais les lister ici, pour la simple raison que je ne consomme que du bœuf, de la vache, du mouton et du poulet.

Concernant la viande, se pose également la question du « halal » - qui désigne ici, la manière dans la bête doit être abattue pour être licite à la consommation d’un musulman. La question du halal est un grand débat dans la communauté musulmane. Personnellement, je ne suis pas à l’aise avec ce concept pour plusieurs raisons : premièrement, dans ma famille, on consomme de la viande dite halal, mais je connais des musulmans qui achètent leur viande à la Migros ; deuxièmement, avec ce que l’on apprend de la manière dont les animaux sont traités dans certains abattoirs, j’ai de moins en moins confiance envers ce commerce que ça soit du « halal » ou non. Dans l’idéal, j’aimerais consommer localement, auprès d’un paysan de confiance.

Quête des limites

La fameuse question du halal (permis) et du haram (interdit) est bien connue des musulmans et provoque de vaste débats qui déchaine parfois les passions. Moi-même ne m’y retrouve pas forcement. Pour certains musulmans, les interdits vont jusqu’à bannir la musique, les photographies à la maison et la teinture des cheveux en noir.

Pour ma part, les interdits les plus importants que j’admets en tant que musulmane pratiquante sont : l’arrogance, l’orgueil, l’ostentation, l’hypocrisie, le mensonge, l’avarice, la jalousie ou convoitise, la médisance, l’espionnage, le vol, le suicide, le meurtre, l’adultère, la consommation d’alcool et de porc, l’usage de biens mal acquis, opprimer et maltraiter ses semblables, faire de faux témoignages, s’adonner aux jeux de hasard, pratiquer la fraude et provoquer le désordre parmi les humains. Ça fait déjà une jolie liste qui demande beaucoup de travail… et soyons honnête, je suis loin d’y arriver.

Mon rapport à ma religion consiste davantage en une éthique à suivre qu’en une liste de chose à faire ou ne pas faire. Pour être plus précise, voici un exemple : j’aime la musique et j’en ai toujours écouté. J’ai passé de Linkin Park à Muse puis Nina Simone, Slimane, Adèle, Nancy Ajram (coucou le moyen-orient), Najwa Karam, Melhem Zein et bien d’autres encore. En revanche, mes parents m’ont toujours expliqué que je pouvais écouter les chansons que je voulais tant que les paroles étaient « propres ». Exit donc Britney Spears, Nicki Minaj, Rihanna et compagnie. Je l’ai très bien vécu, mais arrivée à un certain âge la curiosité l’a emporté. D’autant plus qu’il suffisait d’écouter la radio pour avoir accès à toutes les chansons à la mode. Aujourd’hui, le réflexe de vérifier les paroles des chansons que j’écoute m’est resté car je trouve important d’être consciente de ce que j’écoute et de choisir si oui ou non j’ai envie de laisser ces tubes passer et repasser dans mes oreilles.

On ne finit jamais de s’éduquer

Je vous ai parlé de la musique mais j’aurais tout aussi bien pu parler des livres ou des films. Ce que je trouve important, ce n’est pas de s’interdire telle ou telle chose, mais de rester conscient de ce qui se passe autour de soi. Aujourd’hui, dans ce monde où tout va si vite, on a tendance à faire les choses mécaniquement : prendre le métro, passer à la caisse, se rendre au travail. On oublie souvent les gens qui nous entourent, les conséquences de notre comportement, ce que nous lisons, écoutons, achetons. Avec tout cette frénésie de consommer on peut avoir l’impression d’avoir le choix (et même trop de choix) dans tout ce qui implique notre vie… pourtant j’ai l’impression qu’on est plus devenu esclave de nos passions et de nos désirs qu’autre chose, sans que la réflexion ne suive. Je suis convaincue qu’il faudrait davantage se poser de questions : qu’est-ce que je fais, pourquoi, au détriment/profit de qui.  Cela représenterait déjà un grand pas en avant pour soi-même comme pour les autres.

 

 

Amani

Je trouve qu’il est difficile de se présenter. Car, se présenter, au fond, c’est se définir dans une certaine mesure. On peut bien donner quelques indices… choisis, sélectionnés, réfléchis.

De ce fait, je dirais de moi que j’aime la lecture. Fantastique, plus politique ou plus spirituelle, tout dépend de mon humeur et de mes besoins.

Que j’aime encore plus l’écriture, mais que je trouve que c’est un exercice difficile et exigeant, demandant beaucoup d’audace.

Que je trouve qu’on ne prend pas vraiment la peine d’écouter et de comprendre les personnes qui nous entourent, car bien trop occupés à s’écouter parler, vouloir avoir raison ou se plaindre.

Que je pense que les personnes attentionnées et douces manquent cruellement car l’égoïsme et la jalousie sont de défauts des plus répandus parmi notre espèce.

Qu’à mon avis, les débats publiques n’abordent souvent pas les problèmes de fond, mais tendent à rester en surface, mettant en avant des futilités ou des sujets moins pertinents qui, sur le moment, paraissent être d’une importance cruciale.

Que selon moi, aujourd’hui et dans notre société actuelle,  être et faire ce que l’on veut… c’est très compliqué.

Et finalement, je dirais que même si je trouve que les difficultés en cette vie tendent à s’accumuler, certaines valeurs rendent le quotidien plus appréciable et lui donne une dimension spirituelle qui permet d’avancer et d’évoluer.

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